croniques mongoles

11 – Le sheep, c’est chic

J’ai toujours voyagé “gourmand”. Un but ? Pas toujours. Une condition ? Souvent. Quand on voyage en Mongolie, le rapport à la gastronomie se repense. Comme tout le reste.

Dans le train, le repas fait encore du bien. Il est moins chinois, plus mongol. Moins bon aussi. Mais a-t-on déjà bien mangé dans un train, de toute façon ? Et puis on est à table. Nappe blanche, fleurs en plastique, la Mongolie intérieure qui défile sous nos yeux et la promesse, celle qui figure en couverture de notre guide : yourtes, steppes, aventure…

Le second chapitre de cet étrange voyage commence à poser ses contours, entre les boulettes de viande et la bouteille de Heineken. Et des questions se posent, qui ne trouveront réponse qu’au bout des rails : Fait-il assez doux dans l’Altaï ? Les eaux du Khuvsgul sont-elles aussi pures que celles du Baïkal ? Les distances là-bas sont-elles les mêmes que sur terre ?

À Mandalgovi, une rencontre : avec la Golden Gobi, cette bière qui deviendra une de nos plus fidèles compagnes de voyage.

Et puis le désert.

La Mongolie si variée nous plonge dans la monotonie culinaire. Dès lors, mouton bouilli, riz, pâtes chinoises déshydratées rythment notre voyage. Les saucisses deviennent le “luxe du soir”. Les oeufs durs “celui du matin”. Sur la route, ce sont toujours les mêmes gestes : chauffer, ouvrir, verser, manger. Dans les restaurants, toujours le même problème : tenter de déchiffrer le menu, tandis que la serveuse attend… laisser au client le temps de choisir n’existe pas en Asie.

Buuz, Khuushuur, Tsuivan… on finit donc toujours par prendre la même chose. Pour aller vite. Pour ne pas prendre de risque. Et puis parce que parfois, on a quand même de bonnes surprises.

Et puis on s’habitue. On se surprend même à attendre avec une certaine impatience le rituel du soir, dans la yourte : chauffer, ouvrir, verser, manger. Pour éviter le mouton. On en a marre, du mouton.
La bière réchauffe le cœur, le thé réchauffe le corps. Il faut dire qu’ayant la Mongolie superbe pour décor, tout prend un goût de paradis.


On s’habitue, jusqu’à cet instant où, attablés à une terrasse de café, pain au chocolat et espresso en main, on se rend compte avec délice à quel point on avait oublié le goût du pain frais.

Cuisine de monastère Mongol à Kharkhoryn - Voyage en Mongolie - Photographie : Marielle Rossignol, Montpellier
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