12 – La vie, la mort et tout le reste

Je me suis sentie mortelle, pour la première fois, au bord d’une piscine.
J’avais, je crois, 25 ans. Le soleil brillait, la brise soufflait. Mon grand-père venait de disparaître et la vie continuait.
Je me souviens bien de ce manque. Celui qui vous tord les boyaux et vous piétine l’estomac. Celui dont on sait qu’il va s’estomper, avec le temps. S’il seulement il pouvait disparaître aussi vite qu’il fait mal…
Je me souviens aussi de cette évidence soudaine, celle qui a émergé brusquement dans ma tête, comme si j’avais dû le savoir depuis longtemps : « Ben oui, idiote ! Un jour, ce sera toi ! » C’est fou comme on se sent fragile face au vide.

Et puis arrivent les 30 ans.
Expérience ? Certainement.
Lucidité ? Peut-être.
Crise existentielle ? Et pourquoi pas ?
Avec les 30 ans, la prise de conscience (du temps qu’il reste. Du nombre de conneries qu’il nous a fallu, pour combler), la sagesse (une vie ne suffit pas pour tout faire), et la sensation, sourde mais lancinante, qui l’accompagne (oui mais un peu vaut mieux que rien du tout).

Alors oui, aller chercher mes limites à plusieurs milliers de kilomètres de mon lit douillet, c’était peut-être tenter de combler quelque chose.
Me plonger dans le vide intersidéral, c’était un peu me retrouver moi-même.
Et vous savez quoi ?
Je ne me suis jamais sentie aussi vivante qu’à cet instant où, en panne dans le désert, sous le soleil de midi, accompagnée du sifflement incessant du vent, j’observais cette micro-végétation qui poussait. Là. Au milieu du monde le plus grand qui existe sur terre.
C’est fou comme on se sent minuscule face au vide.
C’est fou comme on se sent vivant quand on est mortel.
C’est fou comme la vie est belle.

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