croniques mongoles

14 – La saison du confort

J’ai voyagé pour chercher. Pousser. Explorer. Ce que je voulais, ce que je refusais. Les endroits où je n’irais jamais. Sortir du confort faisait partie des choses dont j’avais certainement le plus peur. On est toujours capable de le provoquer. Mais d’en tirer quelque chose ?
Avant de partir, on s’en fait tout un monde. Quand on revient, ce n’était pas si terrible.

Ce paradoxe en moi, que je hais par dessus tout, je le sais plutôt commun : dans ma zone de confort, je m’ennuie. En dehors, je m’épuise. Comme si l’histoire de ma vie était de construire des ponts de l’un à l’autre. Comme si je n’avais que ça à faire.

Ce voyage sonnait, si ce n’est comme une réponse, tout du moins comme une sorte de prise en main. Les dés jetés, il me restait à les contempler, impuissante. Ou bien à les tourner discrètement. Et pourquoi pas, à les relancer, manière de prendre ma vie en main ?

En Mongolie, la notion de confort s’interroge à chaque minute. Ses contours sont flous, tout autant que la notion est subjective.
Une douche par jour ?
Un miroir pour se maquiller tous les matins ?
De l’eau chaude ?
De l’électricité et du wifi ?
Des wc à l’européenne ?

Une fois sur place, c’est autre chose :
Une piste tracée un peu plus largement que les autres
La chaleur d’une yourte par une nuit particulièrement froide
La caresse gelée du lac blanc sur le visage au petit matin
La voûte étoilée, dont on découvre seulement ici à quel point elle n’a pas de fin

Et puis aussi la possibilité, enfin, de ne plus penser à autre chose que l’ici et le maintenant. Pas de calendrier. Pas de rendez-vous. Pas d’impératif. Juste celui de trouver de quoi avancer.
La “zone de confort”, une vie entière ne suffit pas tout à fait à construire. Alors pourquoi en finir ? Je le sais maintenant. Le confort se cache dans tout ce qu’on apprivoise : de l’odeur des hutongs jusqu’au vent du Gobi.

Quand le voyage se termine, c’est le retour au quotidien qui devient une aventure. Métro, boulot, dodo. Les murs de chez soi. L’horizon de la ville. Jusqu’à l’habitude. Et puis ça revient.
Jusqu’au prochain voyage, qu’on ira chercher pour autre chose que la première fois. Mais aussi, quelque part, pour retrouver ces sensations là.

Portrait de Samuel pendant une tempête de sable - Voyage en Mongolie - Photographie : Marielle Rossignol, Montpellier
Toilettes en Mongolie - Photographie : Marielle Rossignol, Montpellier
Coucher de soleil - Voyage en Mongolie - Photographie : Marielle Rossignol, Montpellier
Coucher de soleil - Voyage en Mongolie - Photographie : Marielle Rossignol, Montpellier
Une nuit en yourte - Voyage en Mongolie - Photographie : Marielle Rossignol, Montpellier
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