cronicas de ruedo

Cronicas de ruedo #2 – Le jour où, d’un père, d’un torero et de 6 toros de combat est née une passion de la photographie

J’ai grandi avec l’idée que pour être artiste, il faut d’abord maîtriser la technique. Aujourd'hui, je peux dire que j’ai tenté : piano, danse, guitare, batterie, dessin, collage et les mille autres choses. Et puis je me suis rendue à l’évidence : je n’étais pas une bonne technicienne. Je ne ferais pas une artiste.

Alors je suis passée de l’autre côté. J’ai entamé les études qui me permettraient de travailler dans les coulisses du monde artistique. En 2012, j’occupais depuis deux ans un poste de chargée de communication dans une coopérative culturelle. Cette année là, j’achetais aussi mon premier appareil photo d’occasion, sans penser une seconde à autre chose qu’à des souvenirs de vacances.

LA PREMIÈRE IMAGE

Dans ce chaud dimanche de juillet 2012, les arènes étaient sous tension. À 18h, Fernando Robleño, depuis longtemps favori à Céret, devait affronter seul 6 toros de la ganaderia de Escolar Gil : Des toros réputés pour leur dangerosité. Cette corrida agitait les langues dans le monde taurin : les affronter seul était une prouesse. Ou un suicide.

17h57 : Dans les coulisses, la tension était palpable. Il faisait chaud et nous étions tous fatigués. Le paseo (défilé) qui allait se dérouler avait une impression de déjà vu. Chaque fois le même, il était temps que cela s’arrête. Face à moi, au bord de la barrera (barrière), les toreros attendaient, profitant de quelques instants d’ombre avant de rôtir en piste.

L’un d’eux a levé les yeux sur le cheval de l’alguazil. D’un côté, l’assurance animale. De l’autre, la fierté espagnole. Les deux blancs comme neige. J’ai sorti mon appareil de son étui et j’ai shooté.
Cet instant passé, moi et mon objectif nous sommes tournés vers la piste. Deux heures plus tard, Fernando Robleño sortait en triomphe des arènes et donnait un nouveau souffle à sa carrière. Dans le même temps, mon père se tournait vers moi et m’annonçait que j’avais eu la chance de voir, cet après-midi là, ce que l'ADAC cherchait depuis plus de vingt ans.

En regardant les images que j’avais prises de ce combat, j’ai réalisé à quel point l’intégralité de mes photos étaient ratées : position du toro, du torero, de la cape, du cheval… rien ne répondait aux attentes très strictes que le monde tauromachique pouvait avoir de ce genre d’images.
Seule celle de ce torero et de ce cheval persistait à capter mon attention. C’est à ce moment là que j’ai compris que la photo que j’avais réalisée en disait bien plus sur l’après-midi que nous avions vécue que toutes les autres : Aucune technique, mais un instant, une émotion qui perdure encore aujourd'hui. Jamais je n'ai réussi à la refaire. Jamais non plus, depuis ce temps là, je ne suis retournée dans l’arène sans mon appareil photo.

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