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croniques mongoles
J’ai voyagé pour chercher. Pousser. Explorer. Ce que je voulais, ce que je refusais. Les endroits où je n’irais jamais. Sortir du confort faisait partie des choses dont j’avais certainement le plus peur. On est toujours capable de le provoquer. Mais d’en tirer quelque chose ?
Avant de partir, on s’en fait tout un monde. Quand on revient, ce n’était pas si terrible.

Ce paradoxe en moi, que je hais par dessus tout, je le sais plutôt commun : dans ma zone de confort, je m’ennuie. En dehors, je m’épuise. Comme si l’histoire de ma vie était de construire des ponts de l’un à l’autre. Comme si je n’avais que ça à faire.

Ce voyage sonnait, si ce n’est comme une réponse, tout du moins comme une sorte de prise en main. Les dés jetés, il me restait à les contempler, impuissante. Ou bien à les tourner discrètement. Et pourquoi pas, à les relancer, manière de prendre ma vie en main ?

En Mongolie, la notion de confort s’interroge à chaque minute. Ses contours sont flous, tout autant que la notion est subjective.
Une douche par jour ?
Un miroir pour se maquiller tous les matins ?
De l’eau chaude ?
De l’électricité et du wifi ?
Des wc à l’européenne ?

Une fois sur place, c’est autre chose :
Une piste tracée un peu plus largement que les autres
La chaleur d’une yourte par une nuit particulièrement froide
La caresse gelée du lac blanc sur le visage au petit matin
La voûte étoilée, dont on découvre seulement ici à quel point elle n’a pas de fin

Et puis aussi la possibilité, enfin, de ne plus penser à autre chose que l’ici et le maintenant. Pas de calendrier. Pas de rendez-vous. Pas d’impératif. Juste celui de trouver de quoi avancer.
La “zone de confort”, une vie entière ne suffit pas tout à fait à construire. Alors pourquoi en finir ? Je le sais maintenant. Le confort se cache dans tout ce qu’on apprivoise : de l’odeur des hutongs jusqu’au vent du Gobi.

Quand le voyage se termine, c’est le retour au quotidien qui devient une aventure. Métro, boulot, dodo. Les murs de chez soi. L’horizon de la ville. Jusqu’à l’habitude. Et puis ça revient.
Jusqu’au prochain voyage, qu’on ira chercher pour autre chose que la première fois. Mais aussi, quelque part, pour retrouver ces sensations là.

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croniques mongoles

« Le meilleur chemin, c’est toujours tout droit. »

Un proverbe par jour, c’est le nombre minimum de conneries qu’on peut sortir quand on est entre amis au bout du monde.
« Le meilleur chemin, c’est toujours tout droit ». On n’imaginait pas, en partant d’Ulan Bator, à quel point nous étions loin de la vérité. Ici, l’endroit où on va est toujours au bout de notre doigt. Ou de celui du nomade rencontré au milieu de nulle part qui nous fait comprendre, gestes à l’appui, qu’il faut tourner à droite après la rivière, puis contourner la montagne. Tout en passant à gauche des caïrns. On passe toujours à gauche des Caïrns.

Mais en réalité, la route est complexe. Tortueuse. Dunes de sable, bourbières, canyons, marécages… Aller tout droit ne fait pas partie des privilèges accordés à trois touristes en 4×4.


« Au milieu de rien, tout se ressemble. »

Jour 2. Nous sommes encore à côté de la plaque. Ici, chaque caillou, chaque goutte d’eau, chaque brin d’herbe offre une impression unique. Tous les jours, elle nous joue des tours. Plus ou moins drôles, mais toujours nouveaux…


« 60km ? Dans 2h, on sera de l’autre côté. »

7h. Pas moins. C’est ce que nous a coûté ce col du centre de la Mongolie qui nous a fait comprendre comme jamais à quel point les distances ne sont pas les mêmes, ici. 7h. 60km. Et quatre roues qui glissent, inexorablement, vers le creux de la vallée et un lit de rivière qui peut s’autoriser n’importe quel caprice. Après ce col, ce n’était plus pareil. Après le suivant non plus d’ailleurs. Comme si chaque montagne franchie l’était aussi au plus profond de chacun de nous.


« Tant que les pistes tu suivras, sur le bon chemin tu seras. »

À cet instant, il a fallu se rendre à l’évidence. Toutes les rivières mènent au but.  Ces cailloux et ces flots seront notre guide. Nous en avons imaginé, des obstacles, depuis nos petites habitudes, mais tracer notre route dans un lit de rivière ? Jamais.

Après ça, tout devient plus facile. Les traversées, si prévisibles. Les pistes tracées dans la terre sèche, des autoroutes.. Chaque jour, la Mongolie magique nous plonge dans une nouvelle difficulté. De nouvelles surprises. D’intenses shoots d’adrénaline dont nous ressentirons les effets longtemps. Cette même adrénaline qui fait que demain, nous repartirons. Avec nos tripes. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, nous avancerons. Quoi qu’il arrive.


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САИН БАИНА ЧЧ* !
Il est un mot magique en langue mongole. Prononcez le franchement, avec un sourire jovial et la glace se brisera même avec le berger le plus sauvage du fin fond du Gobi. Il nous a fallu du temps pour le maîtriser, ce mot magique. Grâce à Bilgun et son anglais, nous avons eu l’occasion de nous rendre compte à quel point, avec toute la volonté du monde, nous ne pouvions nous faire entendre sans aide. Il ne nous a pas non plus fallu longtemps pour comprendre que les subtilités de la langue mongole resteront à jamais mystère pour nous.

Évidemment, l’angoisse qui en découlait a fondu sur moi de tout son poids. Je m’y attendais. Longtemps avant de partir, surmonter la barrière de la langue me paraissait être l’unique moyen d’avancer, au bout du monde. Il faut l’avouer, j’ai toujours eu une relation plutôt fusionnelle avec le langage.

Les mois d’apprentissage du cyrillique nous auront pourtant facilité la vie : Déchiffrer les noms des villes sur la carte routière, retrouver les buzz dans les cartes des restaurants, trouver le diesel dans les stations essences, différencier le laveur de voitures de l’épicier…

САИН БАИНА ЧЧ… БАЯРЛАЛАА… Une fois maîtrisés, ces deux mots nous ont malgré tout donné l’impression d’appartenir un peu mieux à ce pays à mille lieues du nôtre. Ils ont aussi eu sur moi l’effet recherché. C’est fou comme c’est rassurant de pouvoir parler. 

En réalité, la barrière de la langue est beaucoup plus mince qu’on ne le croit. Un sourire, un doigt tendu, un langage des gestes imaginé sur place et sur mesure. Et ce Sanbaïnu, cet unique mot, qui déverrouille instantanément des sourires radieux. Qui offre des séances photos improvisées et toujours exceptionnelles. Qui ouvre des possibilités que je regrette encore de n’avoir pas eu le temps d’explorer, appareil photo en main.

Il est un autre mot magique en langue mongole : водка. Mais sur celui-ci je ne m’étendrai pas…

*Bonjour (prononcer Sanbaïnou)


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J’ai toujours voyagé “gourmand”. Un but ? Pas toujours. Une condition ? Souvent. Quand on voyage en Mongolie, le rapport à la gastronomie se repense. Comme tout le reste.

Dans le train, le repas fait encore du bien. Il est moins chinois, plus mongol. Moins bon aussi. Mais a-t-on déjà bien mangé dans un train, de toute façon ? Et puis on est à table. Nappe blanche, fleurs en plastique, la Mongolie intérieure qui défile sous nos yeux et la promesse, celle qui figure en couverture de notre guide : yourtes, steppes, aventure…

Le second chapitre de cet étrange voyage commence à poser ses contours, entre les boulettes de viande et la bouteille de Heineken. Et des questions se posent, qui ne trouveront réponse qu’au bout des rails : Fait-il assez doux dans l’Altaï ? Les eaux du Khuvsgul sont-elles aussi pures que celles du Baïkal ? Les distances là-bas sont-elles les mêmes que sur terre ?

À Mandalgovi, une rencontre : avec la Golden Gobi, cette bière qui deviendra une de nos plus fidèles compagnes de voyage.

Et puis le désert.

La Mongolie si variée nous plonge dans la monotonie culinaire. Dès lors, mouton bouilli, riz, pâtes chinoises déshydratées rythment notre voyage. Les saucisses deviennent le “luxe du soir”. Les oeufs durs “celui du matin”. Sur la route, ce sont toujours les mêmes gestes : chauffer, ouvrir, verser, manger. Dans les restaurants, toujours le même problème : tenter de déchiffrer le menu, tandis que la serveuse attend… laisser au client le temps de choisir n’existe pas en Asie.

Buuz, Khuushuur, Tsuivan… on finit donc toujours par prendre la même chose. Pour aller vite. Pour ne pas prendre de risque. Et puis parce que parfois, on a quand même de bonnes surprises.

Et puis on s’habitue. On se surprend même à attendre avec une certaine impatience le rituel du soir, dans la yourte : chauffer, ouvrir, verser, manger. Pour éviter le mouton. On en a marre, du mouton.
La bière réchauffe le cœur, le thé réchauffe le corps. Il faut dire qu’ayant la Mongolie superbe pour décor, tout prend un goût de paradis.


On s’habitue, jusqu’à cet instant où, attablés à une terrasse de café, pain au chocolat et espresso en main, on se rend compte avec délice à quel point on avait oublié le goût du pain frais.

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La Mongolie nous avait habitués à ses perspectives. Les gorges de Yolin Am nous ont offert le contraire. Enveloppés dans leurs murailles de pierre noire, insignifiants sur leurs glaces éternelles, aussi près du ciel que les aigles qu’elles abritent, nous sommes ici au creux des nuages. Plus de distances, plus d’horizon. Ne comptent plus que l’ici et le maintenant. Les rapaces et leur écho, la course des ibex dont nous devinons la silhouette dans la brume, sont désormais nos seuls compagnons de voyage.
Plus près du ciel, on pénètre dans un monde nouveau. Comme si chaque caïrn franchi ouvrait une porte vers un ailleurs. Sur terre, l’horizon était composé de montagnes inatteignables. Ici, nous les touchons du doigt. Nous sommes arrivés au bout du décor. C’est fou à quel point il peut être singulier, le sentiment de ne pas pouvoir aller plus loin…

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Bilgun, 16 ans, habite à Dalanzadgad. Elle parle déjà très bien anglais. Et pour cause, ses parents travaillent
dans le tourisme. Et puis c’est une capitale, Dalanzadgad, avec ses 17000 habitants,
son architecture anarchique et son orthographe incontrôlable.


Elle, elle voudrait devenir avocate.


Bilgun est une de ces heureuses rencontres auxquelles on ne s’attend pas.
Une de ces rencontres qu’on embarque, toute une journée, sans aucune heure de retour.
Nous, par curiosité, elle pour s’exercer.

Tout le monde s’y retrouve.


Bilgun semble porter dans ses veines tous les paradoxes de la Mongolie.
Citadine ultraconnectée, elle manie Facebook, lit Le Journal d’Anne Franck, regarde Harry Potter.
Fidèle aux traditions de son peuple, elle bénit les éléments et tourne autour des cairns.
En phase avec sa génération, elle participe aux campagnes de sensibilisation à l’écologie organisées
par con école. En phase avec son environnement, elle devient rêveuse devant la pluie si rare,
comme nous devant la neige.


Elle m’a touchée, Bilgun. Furtive et fragile, exotique et si proche à la fois, en deux clics
elle est devenue mon lien avec la Mongolie magique.


баярлалаа, Билгун.


 

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croniques mongoles

On dit souvent que pour obtenir ce que l’on veut, il faut savoir ce que l’on cherche.
Cette putain d’idée fixe, encroûtée dans mon esprit m’a démangée longtemps. Alors ce voyage
sonnait comme une réponse. Je me disais qu’en un mois, je finirais bien par savoir. Oui, mais savoir quoi ?


Et puis, étape par étape, avant même de partir d’ailleurs, des bouts de réponse se sont dessinés…
C’est fou le nombre d’objectifs qu’on se fixe. Comme si les atteindre était
le seul moyen de se sentir vivant.


Au moment où l’idée a germée ? Se lancer un défi.
En ouvrant la première leçon de Russe ? Comprendre.
En déposant des dossiers de visas ? Être capable. Seul(e).
En achetant un billet d’avion ? S’empêcher de reculer.
En plongeant dans ce voyage ? Être capable. À trois.
En affrontant le désert de Gobi ?



Même après coup, difficile à dire, en fait. Et puis… est-ce vraiment si important,
de savoir ce qu’on cherche, après tout ?

 

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_ Mandalgovi _

Ce nom sonnait comme une promesse. Celle d’une ville, encore une,
avant de plonger dans le vide intersidéral.


_ Mandalgovĭ _

Il a sonné comme une paire de claques.

Celle d’une Mongolie décroissante d’abord, qui nous rappelle douloureusement
à quel point la prairie de carte postale est loin d’ici; à quel point la disparition de l’emploi,
l’exode urbain et la pauvreté font des ravages.


Celle d’une Mongolie décadente ensuite. Difficile de croire à quel point le sol que l’on foule
regorge d’or, d’uranium, de charbon, de cuivre, d’argent, de diamant… L’or blanc de la vodka coule à flot,
lui, dans la gorge de ses habitants. Mais la Mongolie c’est aussi celle-là : Celle de Sara, notre hôtelière,
accueillante et profondément chiante, dont l’ivresse et les cris rythmeront notre nuit.
Celle de ces étudiants qui, en quelques minutes, ont fait de nous les invités d’honneur de leur fête
de fin de diplôme. Une fin d’année qui sonne creux. Sommes-nous les seuls à nous demander
quel avenir ils ont, ici ?


_ Мандалговь _

Après une nuit agitée, ce nom a sonné comme un dicton : “si en Mongolie tu vas,
les bons rapports qualité-prix du Lonely Planet, tu oublieras”. Puis comme une blague :
“quand mes enfants ne seront pas sages, c’est là que je menacerai de les envoyer”.


Aujourd’hui, Mandalgovi rend un écho : celui d’une première rencontre avec la vraie Mongolie.
Celle qu’on venait chercher, pour le meilleur et pour le pire, loin des circuits touristiques.
En tout cas, celle qu’on n’oubliera certainement jamais.”

 

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On n’imagine pas se demander un jour ce qu’il y a, au bout du monde.
Ca paraît tellement bête, putain.
Et puis, c’est quoi le bout du monde ?


La réponse ? Le bout du Monde, ce sont mes propres limites et le vertige
qui se cache juste derrière. C’est aussi simple que ça.


Il y a un avant la Mongolie. Et un après… Et après ?
Après la Mongolie, la terre est plus ronde.
C’est aussi beau que ça.

 

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« soyez heureux, bordel de merde !”

Ceci pourrait être une citation de Mouch’. En tout cas, c’est cette pensée qui m’a giflée,
sous le vent du Gobi, devant cette route sans fin qui ne mène nulle part[tout]. C’est à ça
que ressemble le bonheur ? À une langue de bitume qui pointe vers quelque chose
qu’on n’est jamais sûr d’atteindre ?


Alors on arrête de regarder l’horizon, et on fait des choses simples. Comme mettre en scène
les t-shirts de Mouch’. Parce qu’on a beau être étrangers, ici, on n’est pas des Fuckin’ Tourists.
Parce quand il les verra, il sera trop content et il nous dira : 
“Mammaa, elle est trop ouf, cette photo !”.

Et on y est : le grand bac à sable est sous nos pieds. Tellement grand qu’il touche les bords de l’univers.
Et après ?

“Après, On doit tomber dans l’espace. C’est pas possible autrement.”

On se retourne et remonte en voiture avec une certitude. On ne sait pas ce qu’on va trouver là-bas,
mais une chose est sûre : on est là, maintenant. Tu ne les verra jamais ces photos, Mouch,
mais t’avais putain de raison. Pas besoin de regarder dans le vague. Ni au loin, d’ailleurs.
Le bonheur est à moins de 5 doigts de la main, pour peu qu’on sache lui chercher des noises.
Et en fait, c’est à ce moment là que je l’ai vu, le bonheur. Il était juste là,
dans les yeux de l’homme que j’aime.


Une pensée pour Michel Moine, qui nous a quittés cet été.

 

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