JE ME REGARDE EN PASSANT

UN PORTRAIT PHOTOGRAPHIQUE DE LA PAILLADE – CHAPITRE III

Parmi les nombreuses missions de l’association Tin Hinan, il y a celle de lutter contre l’isolement des femmes du quartier de La Paillade. C’est en tout cas dans ce contexte que j’ai été missionnée auprès d’elles pour ce projet.

Les femmes du groupe “Bien Vieillir” ont toutes entre 60 et 85 ans. Elles sont originaires de zones souvent très rurales des pays du Maghreb. Ces femmes, elles sont invisibilisées par le regard que la société pose sur elles. À cause de leur âge, à cause de la barrière de la langue, à cause des idées reçues. Pourtant, elles ont des choses à raconter. Certaines sont arrivées en France avant même que la Paillade n’émerge de terre. Elles ont traversé la méditerranée, pris la voiture ou le bateau, sillonné les nationales de France et de Navarre. Habité l’Espagne ou la Belgique. Ici, elles ont ancré leur histoire familiale, mis au monde et élevé des enfants, petits-enfants et, pour certaines, arrière-petits-enfants. Elles sont parties prenantes d’une histoire collective que l’on ne doit pas ignorer.

En intervenant dans cet atelier, l’objectif n’était pas de faire d’elles des artistes. L’enjeu était plutôt d’écouter ce qu’elles avaient à dire et de trouver un moyen de les raconter. Mais comment tirer un portrait de personnes qui ont appris à ne jamais trop se montrer ?

Pendant plusieurs mois, nous avons expérimenté ensemble des techniques de photographie qui leur garantissent de pouvoir se raconter tout en respectant leur pudeur. Pendant ces ateliers, ces femmes “qui se regardent en passant”, leurs accompagnatrices et moi-même, avons appris à nous écouter les unes les autres, à nous amuser de nos différences et de nos points communs. En passant du temps avec elles, j’ai découvert des personnes singulières, fragiles et fortes à la fois, porteuses d’une mémoire, capables de rire d’elles, pleines de paradoxes aussi et loin d’être superficielles.

Chapitre I – Une architecture qui abrite la vie
Chapitre II – Quand il fait du vent, les arbres dansent
Chapitre III – Je me regarde en passant

UN PORTRAIT PHOTOGRAPHIQUE
DE LA PAILLADE

Ce projet documentaire au long cours a été entamé en 2024 dans le cadre d’une résidence de la DRAC Occitanie intitulée Journalistes en Occitanie. J’ai été missionnée pendant un an au sein de la Médiathèque Départementale Pierresvives pour mener un projet de d’Éducation aux Médias et à l’Information autour de l’image. Le portrait photographie de La Paillade émane du volet « projet personnel » de cette résidence.

Il déploie une méthodologie de récolte de récits qui raconte le territoire à travers la parole brute de ceux qui l’habitent. Cette première immersion a permis de dégager une dizaine de thématiques fortes, portées par les habitants eux-mêmes et qui nourrissent chaque chapitre déjà écrit ou à venir. Chaque chapitre s’écrit sous forme de commande d’arpentage.

Une cartographie interactive est alimentée à chaque étape du projet. Elle peut être mise à disposition des commanditaires pour être croisée avec des données socio-économiques ou scientifiques et appuyer ainsi les prises de décision institutionnelles.